Ça va bientôt faire un an que François Legault est de retour dans le paysage politique, qu'il fait des petites apparitions surprises dans ma tivi pis dans mes journaux pour me dire de couper mon immigration, de mieux défendre ma langue française et de manger des produits laitiers. Un an qu'il se promène de tribune en tribune pour brasser de la marde pendant que Pôline et Johnny se font des noeuds dans la vessie pour ne pas se pisser dessus devant le spectre, l'ombre, que dis-je, le fantôme de l'idée de peut-être que François Legault pourrait créer un parti politique si jamais etc. on sait pas.
Mais arrêtons-nous pour penser un peu. C'est qui le dernier candidat vedette qu'il nous a présenté, François Legault? C'est quand la date de lancement de la fondation de son parti, François Legault? La CAQ, (Coalition pour l'avenir du Québec), à part sonner comme caca, ça mange quoi en hiver? À part Legault, Charles Sirois et une dizaine de signataires, c'est qui, eux? Pourquoi est-ce qu'on peut leur donner de l'argent sur leur site web, eux qui ressemblent dangereusement à une formation politique, sans qu'ils ne soient assujettis aux règles qui régissent les dons?
Cac?
Peut-être parce que journaux et stations de télévision ont décidé de commander mille sondages à Léger Marketing et autres pour poser la question à savoir que ferait monsieur madame tout le monde si François Legault fondait un hypothétique parti et que monsieur madame tout le monde est bien content de répondre qu'il voterait pour Casper s'il en avait la chance.
Et ben, c'est monté à la tête de tout le monde, et tout le monde pense que François Legault est à la tête d'un parti puissant, bien financé, avec des candidats vedettes dans chaque circonscription, alors que François Legault, il est à la tête de ses épaules pis peut-être à la tête de l'emploi. Mais c'est tout.
Quand Frank l'aura, son parti, vous pourrez vous gâter d'une thrallée de sondages, hypothèses, prédictions, table qui cogne à Tivia et autres bullshittes. En attendant, on peut-tu se concentrer sur les partis qu'on a déjà? Me semble que c'est déjà en masse?
Vous n'avez peut-être pas vu ce vidéo. Si vous ne l'avez pas vu, jetez-y un coup d'oeil. C'est Sam Hamad, ministre des transports, qui se fait malmener par quelques journalistes qui lui posent des questions un peu trop insistantes au goût de son attaché de presse. Regardez-le au complet, ça vaut la peine.
En gros, on peut y voir plusieurs choses.
1) Sam Hamad est malmené par les journalistes, plus particulièrement par Patrick Lagacé qui est plutôt "insistant" avec le ministre. Certaines personnes n'ont pas aimé ce comportement de la part du chroniqueur de la Presse.
a) Laissez-moi vous dire que si Sam Hamad avait été entouré d'une foule de citoyens et de gens bien ordinaires de Sorel ou de Trois-Rivières, ça aurait bardé beaucoup plus que ça. L'échange a été poli, somme toute.
2) Le ministre ne répond à aucune question. Il se trouve même drôle lorsqu'il annonce tout bonnement à Félix Séguin qu'il ne répondra pas à sa question et au sondage qu'il brandit.
a) Cette politique de ne pas commenter les sondages est merdique. Les partis politiques font vivre les maisons de sondage en organisant les leurs à chaque campagne électorale, en temps de crise, en tant de pas crise, etc. Sam Hamad ne voulait pas répondre à une question tout à fait légitime. Oh, Félix Séguin aurait pu dire: "Le monde ne vous fait pas confiance, qué pasa?", mais il avait besoin d'une source puisque c'est un journaliste crédibleet que les journalistes crédibles ont des sources. Dommage. J'aurais aimé entendre la réponse de Sam Hamad. Qué pasa?
Qué pasa, Samouel? Crédits Flickr: billy_bly_ca
3) L'attaché de presse du ministre veut mettre fin au point de presse lorsque ça se corse.
a) Fuck l'attaché de presse. Le gars qui te paie, on l'a élu. Aux dernières nouvelles, ça nous donne le droit de lui poser vraiment beaucoup de questions, parce que son poste, il nous appartient. On ne parle pas de secrets diplomatiques qui pourraient mettre la vie de prisonniers de guerre en jeu. On parle de ponts qui tombent et qui mettent la nôtre en jeu. Merci de faire face à la musique.
4) "Je comprends les gens. Est-ce que c'est inquiétant? C'est inquiétant. C'est inquiétant. Les gens sont inquiets parce que c'est inquiétant. Je comprends parce que c'est inquiétant." - Sam Hamad.
a) C'est bien beau de dire que les gens sont inquiets, monsieur le ministre, et que vous comprenez. Maintenant qu'allez vous faire, à part oublier de finir votre phrase après avoir répété mille fois que c'était inquiétant? 10 minutes pour dire qu'on va attendre après un rapport? 10 minutes pour nous dire que vous ne savez pas? Récapitulons: le tunnel s'est effondré dimanche. La conférence a eu lieu mardi. UN TUNNEL S'EST EFFONDRÉ. Ça en prend pas mal moins que ça pour que mon boss me paie du temps supplémentaire quand il veut quelque chose rapido presto, et ma job, c'est d'évaluer la qualité d'appels téléphoniques.
5) Patrick Lagacé, chroniqueur pour La Presse, perturbe l'ordre des choses dans ce SCRUM, évènement habituellement réservé aux journalistes plus traditionnels.
a) Sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens ont été indignés de l'attitude de Patrick Lagacé, avant que quelqu'un ait l'idée de tourner ça en blague avec les #PatrickLagacéFacts. Patrick Lagacé a avoué que de pousser l'attaché de presse n'était la meilleure idée du monde. Il ne lui a pas arraché la face, je pense que ça se pardonne, j'ai déjà vu des politiciens, des écrivains (genre la bataille d'Hernani) ou des journalistes faire pire.
Dans mon moi, je comprends Patrick Lagacé d'être en beau fusil. Parce que d'abord, il sait que les journalistes ont beau vouloir brasser la cage du ministre autant qu'ils peuvent, celui-ci connaît trop bien les règles et l'éthique journalistique pour savoir qu'il peut s'en sortir avec la langue de bois. Les journalistes vont pousser, mais pas trop. Ce n'est pas dans les règles de trop pousser.
D'un autre côté, il sait que le ministre ne fait que ralentir le jeu. Il va déposer les rapports au compte-goutte, ça ne fera plus l'actualité dans deux semaines et tout ça va passer inaperçu. Tout le monde aura oublié.
Autre point aggravant, le ministre en est à sa première sortie publique alors que ce qui aurait pu être un drame s'est joué 2 semaines plus tôt. Il a délégué une stagiaire (j'exagère) puis des attachés pour répondre aux questions durant deux jours.
Et finalement, on sait tous que personne ne va la lui brasser pour vrai, sa cage, au ministre. Parce qu'on n'a pas ça, des brasseux de cage, au Québec. Qu'ils soient intellectuels, artistes, écrivains, des gens qui ont une tribune pour prendre la parole et qui la prennent régulièrement, pour PRENDRE POSITION, ça ne pleut pas. Falardeau est mort, Victor Lévy-Beaulieu est hermite, etc. Ce qu'on a de plus proche d'un intellectuel qui prend position, c'est Dany Lafferière, et il est pris entre trois pays.
En tenant compte de tout ça, honnêtement, moi je le comprends Patrick Lagacé. D'accord, ça contrevient à certaines règles non écrites du journalisme. Mais au-delà du code d'éthique, je me dis que c'est bien de voir quelqu'un péter une coche à un ministre qui a l'air de s'en câââââlisser.
6) Je n'ai jamais vu quelqu'un avoir tant peur de savoir quelque chose.
a) C'est le ministre des transports, et on dirait l'homme le moins informé sur le sujet. Pire: il a peur d'avancer quelque chose.
C'est ce qui me pousse à affirmer que Sam Hamad n'est pas un ministre:
1) Il ne répond pas aux questions;
2) Il se cache avant de prendre la parole;
3) Il ne fait pas face à la musique;
4) Il ne semble pas être au fait de ses dossiers.
Selon mes recoupements et mes observations, Sam Hamad se rapproche plutôt d'une mascotte.
Flickr: Yvettemn
Oh, bien sûr, faites l'exercice avec tous les membres du cabinet Charest, vous ne trouverez que peu de candidats sérieux à une véritable fonction ministérielle, et beaucoup de prétendants au titre de mascotte.
Là, l'actualité, tu vas arrêter de me faire chier, s'il-te-plaît.
(J'ai mis une photo d'Alexandre Despatie en chest qui pose pour L'actualité, le magasine, mais je parle pas au magasine, je parle au concept de l'actualité)
C'est que c'est l'été, pis j'aimerais ben ça me reposer de toi. Habituellement tu me gardes socialement éveillé, là, tu me fais juste chier.
Ces créatures sont socialement éveillées
grâce à l'actualité.
On est le 28 juin, ok? Le VINGT-HUIT FUCKING JUIN. Ça fait trois semaines que tu me donnes du Parti Québécois qui se meurt lentement, leeeeeeeentement, leeeeeeeeeeentement. Au début je trouvais ça bien, mais là, j'aimerais avoir un break. C'est que l'été et la politique, c'est pas fait pour aller ensemble. Christian Latreille, à mon téléjournal midi, je veux qu'il me jase de trucs d'été, qu'il me fasse des entrevues avec des acteurs de l'actualité, mais genre des acteurs de seconds rôles, ou peut-être même un ou deux rôles muets.
C'est que je veux pas me casser la tête, c'est l'été, criss. J'veux jouer dehors, ouvrir le journal pis lire des reportages médiocres sur des sujets inintéressants, vivre le creux médiatique comme du monde.
La semaine dernière, tu m'as donné du mariage gai dans l'état de New York. On aurait pas pu attendre à septembre? Peut-être fin août? Juste le temps que Pierre Bruneau revienne à la tivi pour nous en parler? Là, tous les analystes sérieux sont en vacances. C'est quoi ça? C'est le stagiaire de Radio-Canada qui va couvrir la nouvelle pis il vont sortir André Montmorency des boules-à-mites.
Et la grève des postes? En plus de nous donner la grève d'un syndicat majeur, grève qui a perturbé le pays et fait coulé beaucoup d'encre et utilisé beaucoup de salive, tu as étiré (avec l'aide du NPD) le débat parlementaire pendant TROIS JOURS ET TROIS NUITS, alors que la session devait être terminée depuis un bail.
Fuck.
C'est l'été, man. S'il-te-plaît, slack un peu. J'aimerais ça qu'on revienne à jaser de pénuries d'eau, de p'tits gars qui perdent un membre dans la piscine publique, de sauveteurs qui font pas leur job ou de Mme Dandurand qui a ben des timbres. Tsé, comme à tous les étés? Des nouvelles qui me feront pas sentir cheap de pas écouter les bulletins pour deux mois, histoire de décrocher?
Merci de me permettre de prendre ça chill comme ce cheval.
Bon, la saison des fraises et des cueillettes vient de commencer, alors les députés du PQ vont pouvoir se consoler de la semaine de marde qu'ils viennent de passer en se disant qu'ils ont une job sûre pour cet été. En attendant, voici un Top 10 des choses qu'ils auraient pu faire pour passer une semaine encore plus de marde.
Depuis une semaine, on dirait que le Québec n'en a plus que pour une seule personne, un héros parmi la crasse, un chevalier pour tenir en respect les michants, pour sauver la veuve et l'orphelin, pour s'assurer que le bon peuple québécois ne se fasse pas crosser. Cette personne, c'est AmirKhadir. On a eu super Mario, là on a super Amir. (À ne pas confondre avec "Amir c'est super" qui signifie un bonheur à la sortie de restaurant Amir parce que c'est quand même bon manger chez Amir.) (Ne pas confondre non plus manger chez Amir avec "manger chez Amir", genre manger du St-Hubert dans le sous-sol d'AmirKhadir avec Françoise et Manon Massé.)
Ceci étant, je me suis dit qu'il fallait absolument que je parle, moi z'aussi, d'AmirKhadir. C'est pourquoi je vous ai concocté un petit guide pratique qui s'appelle, tout simplement:
CE QUE AMIR DIRAIT
C'est très simple, comme guide. Je place Amir devant une situation, une personne, un fait, un évènement, et je vous livre, avec un jeu exceptionnel (DEC en théâtre, Collège Brébeuf, 2004-2006) ce qu'Amir dirait. Place à la performance.
D'aucuns pourraient considérer que ma dernière chronique versait dans le plus noir cynisme, que je me riais sans vergogne des politiciens et des électeurs... qu'on m'en excuse ! Je vous propose ici un hommage vibrant aux cinq chefs qui ont croisé le fer (et les doigts, le soir des élections) à travers notre beau et grand pays. Je leur dédie à chacun un éclair d'esprit, un fleuron de langue, une perle d'âme, bref : un jeu de mots poche.
(Bon, là, c'est un peu un inside, mais si vous voulez faire partie de la gang de gens cool qui comprennent les bonnes jokes, allez réécouter l'excellente analyse politique du Dr. Gaviscon)
À la semaine prochaine !
(Merci à Benoit Gosselin pour les jeux de mots de Mike et de Stephen)
Voici, en vrac, le Post-Mortem des 41e élections canadiennes du printemps 2011.
1) Les Québécois sont vraiment en tabarnak.
Représentés, encore, par une opposition qui n'a fait que changer de couleur, les Québécois de partout en province (sauf genre en Beauce) sont vraiment en beau fusil. Nous avons pu filmer la réaction d'un de ces Québécois le soir du vote:
2) Les gens crient au meurtre parce qu'on a voté pour quelques candidats poteaux
Avoir un doc en économie, avoir enseigné à Cambridge, avoir été journaliste, être un vieil avocat ou un jeune avec une maîtrise en science des affaires, c'est pas garant d'une longue et fructueuse carrière politique. Parlez-en à Michael Ignatieff.
Ah, pis aussi, on s'entend tu pour dire que de trouver 308 députés, aujourd'hui, c'est fucking dur? J'veux dire, les médecins, les hommes d'affaires pis les avocats/notaires/professions libérales qui font riches y'ont ben plus de gloire pis d'argent à faire dans leur carrière respective. La politique, c'est sale, c'est pas très glamour pis ça prend du temps et beaucoup d'argent. Bonne chance pour trouver 308 candidats willing pour 3 partis nationaux. Ça se peut qu'une barmaid se retrouve là une fois de temps en temps. Anyway elle va être pas mal backbencher, pis un backbencher avec ou sans expérience, ça fait pas mal la même chose: ça farme sa yeule.
3) Elizabeth May a été élue
C'tu moi ou Stéphane Dion pis elle vont se frencher, un jour?
4) Les gens ont voté pour des chefs et non pour des députés
Que tu sois dans N'IMPORTE QUEL PARTI, la masse qui vote va voter pour le chef. Stephen Harper? Solide one man show. Gilles Duceppe? Tout autant, nommez-moi un candidat du Bloc qui a pris de la place dans la campagne sauf pour se faire rabrouer? Aux dernières nouvelles, Jacques Parizeau pis Gérald Larose se présentaient nulle part. Jack Layton? Tout à fait un one man show aussi. Michael Ignatieff est celui qui a été le moins one man show, avec Justin Trudeau, Bob Rae et Denis Coderre qui ont assez de notoriété pour partager la scène, mais c'est un cas d'exception. Elizabeth May, on n'en parle même pas.
Si ton député est un cabochon, mais que tu es en accord avec les idées du parti, qui sont mises de l'avant principalement par le chef, et que tu votes pour le cabochon, t'exerce ton droit avec les outils à ta disposition, c'est à dire un système démocratie représentative. Point barre.
5) Le NPD est aussi heureux que ce dude.
6) La députation du Bloc Québécois entre entièrement dans ma Toyota Yaris
7) Muguette Paillé avoue être une sorcière vaudou qui maudit tout ceux à qui elle parle.
Michael Ignatieff et Gilles Duceppe ont tenté d'utiliser Muguette Paillé pour parvenir à leurs fins, durant la campagne. Les deux ont été battus. Coïncidence? Non. Simplement le bras VENGEUR DE LA JUSTICE. ON N'UTILISE PAS LES P'TITES DAMES AINSI!
8) Les gens ont commencé à mettre des espaces noirs à la place de leur photo de profil Facebook
Dimitry Soudas avoue que cet ingénieux stratagème ébranle le gouvernement en place. Ils pensent acheter dix autres F35 pour contrer la menace.
9) Les stratèges libéraux doivent repenser toute l'approche libérale
Un fin renard suggère à Denis Coderre et Justin Trudeau de se faire pousser une moustache et Bob Rae ne pisse plus depuis hier soir en espérant que sa prostate se mette à capoter.
10) Stephen Harper l'unificateur
Je laisse le mot de la fin à Vincent Marissal qui, lors d'une entrevue à Anne-Marie Dussault de Radio-Canada, a dit cette perle que je trouve assez juste.
"Stephen Harper a déjà uni la droite canadienne. Si les sondages se concrétisent, il s'apprête à unir la gauche aussi."
On nous promettait une campagne dans les réseaux sociaux. Elle n'a pas vraiment lieux.
Oh, oui, bien sûr, Stephen Harper est sur Youtube et il fausse Imagine avec une tite fille ben cute avant de se la jouer Zorro numérique et de provoquer MichaelIgnatieff en duel télévisé sur Twitter. Oh, ça a l'air bien intéressant, tout ça. Denis Coderre continue à interagir et à promouvoir le Parti Libéral. Jack Layton essaie de s'inviter dans les streetfights en 140 caractères des deux autres chefs, ElizabethMay mobilise sa mère, deux trois cousins pis Georges Laraque sur Facebook pour pouvoir aller au débat télévisé et, de temps en temps, Gilles Duceppetweet "Le Canada c'est de la mardelol" de plusieurs manières différentes.
Pendant que Michael et Stephen jouent avec leurs jouets dans le sous-sol, Jack Layton se sent comme ce chat... terriblement seul.
Mais est-ce que la campagne est vraiment en vie dans les réseaux sociaux?
Que les chefs y soient, d'accord, c'est bien. Mais les députés, eux? Oh, bien sûr, ils disent un peu de marde ici et là, mais il faut chercher profond pour les voir interagir avec monsieur ou madame tout le monde, pour les voir prendre une vraie place sur les Internets.
Et ce qu'ils y gagneraient, à interagir avec monsieur madame tout le monde?
Les candidats aux élections gagneraient à interagir de façon plus soutenue avec cet homme qui est, littéralement, l'homme le plus probable de la planète, avec la face la plus commune du monde. SOURCE: http://news.yahoo.com/s/yblog_thelookout/20110303/us_yblog_thelookout/the-most-typical-face-on-the-planet
Parce que le politicien moyen n'a pas tant de followersque ça. Je jette un coup d'oeil rapide au site www.politwitter.ca: RodgerCuzner, liberal - 298 abonnés, DavidSweet, conservateur - 154 abonnés, Stephen Woodworth, conservateur - 796 abonnés, - Lise Zarac, libérale, 198 abonnés - Claude Guimond, BQ - 295 abonnés, YvonLévesque, NPD, 268 abonnés.
Oui oui, bien sûr, il y a des JamesMoore avec 5000 abonnés, Mark Holland avec 1000 quelque chose abonnés, des Denis Coderre avec 24 000, mais ils font certainement marque d'exception. Et même les gens avec plus de 1000 abonnés: tout ce qu'ils font, c'est piaffer et gazouiller à propos d'eux. Ça ressemble à ça:
13:00PM @politicien2.0 J'ai serré des mains aujourd'hui, au centre d'achat.
14:32PM @politicien2.0 Je suis allé dans une levée de fond et le poulet était bon.
15:00PM: @politicien2.0 J'ai serré des mains à l'école.
15:32PM: RT @Chefpolitique2.0 Mon programme peut [...] pour vous.
15:44PM: @politicien2.0 J'ai serré une main moite et là j'ai les mains moites.
15:50PM: @politicien2.0 Je serai dans le stationnement de la cours d'école pour serrer des mains dans 5 minutes.
15:55PM: @politicien 2.0 Comme promis, je suis dans le stationnement et je serre des mains.
16:15PM: @politicien 2.0 Osti de poulet a marde #entraindechierpisçapassepas
16:45PM: @politicien2.0 Je serai à tel endroit et je vais me tenir derrière mon chef qui va parler pour moi et je ne dirai rien.
17:00PM @politicien2.0 Mon chef a serré des mains pour moi. Je me sens vide.
17:45PM: @politicien 2.0 JE JE JE MOI MOI MOI
18:00PM @politicien2.0 Je ne comprends pas qui sont ces gens qui s'adressent à moi sur Twitter. Ont-ils des mains? Non? Pas intéressé.
18:30PM: @politicien2.0 Pffft... Denis Coderre répond aux gens qui lui parlent. C'est un populiste.
19:00: @politicien2.0 J'ai rencontré un journaliste, aujourd'hui, je suis allé me cacher dans le placard à balais.
19:50: @politicien2.0 Encore dans le placard à balais.
21:00 @politicien2.0 Ouf, les journalistes sont partis. Des gens continuent à me poser des questions sur Twitter. Mon attaché de presse ne répond pas au téléphone. Je préfère ne rien faire.
21:15PM: @politicien2.0 ARRÊTEZ DE ME PARLER PLÈBE INFESTE.
Zéro interaction. Ils sont des dizaines à poser des questions, à dire ceci ou cela à notre @politicien2.0, et le pauvre, il ne comprend pas que, en répondant à tous ces gens qui lui parlent, il pourrait se faire beaucoup plus de capital politique qu'en parlant de ses ostis de levées de fond et poignées de main. Parce que: chaque personne qui pose une question est suivie en moyenne par, quoi? 100 autres personnes? En enclenchant la conversation, il y a une chance que une ou deux personnes sur les 100 commencent à s'intéresser au débat ou à y prendre part, et ça, c'est sain pour notre système politique. D'ailleurs, ce n'était pas ça, la politique, à la base? Genre des gens qui jasent à d'autres gens, qui se mettent d'accord avec eux, puis qui vont les représenter aux communes?
Le problème, c'est que tout le monde a tellement peur de perdre le contrôle de son message, les chefs ont tellement la chienne de voir un candidat dire à un autre "lol t'es trop vieille décrisse" sur Facebook qu'ils n'encouragent pas leur équipe à utiliser les outils qu'ils ont à leur disposition. Trop de chances de perdre le contrôle.
Et c'est bien dommage.
C'est bien beau d'être sur Twitteur et d'avoir une fan page suivie par trente gens d'affaire, quinze collègues et trois quidams, sur Facebook, mais, tout ça, ça ne sert à rien si tu spinnespas tes réseaux sociaux autant que ton message.
Mais ce genre de truc n'arrivera pas. Pourquoi?
Parce que nous sommes à l'ère du contrôle par le chef; à l'époque des attachés de presse et autres relationnistes qui ont la main-mise sur tout; à un moment où les mises en scène cucu abondent, où la spontanéité est proscrite et où la proximité avec l'électorat est vue comme étant louche aux yeux de l'establishment du parti.
Oui oui, c'est comme ça, et ça ne changera pas lors de cette campagne-ci.
Je le répète, c'est dommage.
Dommage parce que les médias sociaux permettent aux candidats de petites circonscriptions qui n'ont pas une couverture dans les médias nationaux - ou qui n'auront pas un impact majeur parce qu'on les prend pour acquises (pensez-vous vraiment que Stephen Harper et Jack Layton vont retourner en Saskatchewan avant le 2 mai? Moi non plus) - de parler à leur monde.
Plutôt que d'avoir quatre chefs et demie qui se pognent à tous les soirs, écoeurant grandement la population en général, on pourrait avoir tout plein de micro débats un peu partout au pays. Plutôt que d'avoir cinq énormes tanks qui s'attaquent entre eux et bougent à un rythme de misère, parlant en généralités à un pays dont les réalités sont si différentes d'une extrémité à l'autre qu'on ne croirait même pas que c'est le même pays, on pourrait avoir plusieurs petites guérillas qui s'affronteraient sur des enjeux locaux.
Gageons que les gens se mobiliseraient plus pour aller voter.
C'est dommage, je le répète pour la troisième fois, parce que les médias sociaux nous permettraient d'avoir une campagne ultra intéressante, locale à la grandeur du pays et beaucoup plus interactive.
Mais les mentalités ne changeront pas cette année. Place au flafla, aux poignées de mains arrangées avec un vieux qui pisse libéral et une vieille qui pense que Stephen Harper, c'est un mélange de Jésus et le capitaine Kirk. Place à la langue de bois. Place à la ligne de partie. De temps en temps, on aura peut-être deux trois flammèches sur Twitter ou Facebook, mais faudrait pas s'attendre à voir le feu prendre dans la forêt d'ici le deux mai.
Y'a des gens, comme moi, pour qui c'est une période tout à fait excitante, les campagnes électorales. Des gens qui sont fascinés par les discours creux, les discours pleins, les promesses, la bullshit, les attaques, les contre-attaques, les parades et tout ça, l'enjeu de la vie politique canadienne pour les deux, trois ou quatre prochaines années tout dépendant du résultat, minoritaire, majoritaire. Nous ne sommes pas beaucoup, cependant: une bonne part de journalistes, quelques férus de politique comme moi, et certains militants.
Le reste, le public at large, il s'en câlisse. Même qu'il n'aime pas ça, des élections. Les émissions politiques l'emmerdent. Quand Pierre Bruneau jase de la dernière déclaration de Denis Coderre sur Twitter à la place de parler d'un accident TERRIBLE avec des MORTS DES MORTS DES MORTS, le public, il n'est pas satisfait dans sa soif de gens MORTS MORTS MORTS. Quand CélineGalipeau mène une entrevue serrée avec Christian Paradis, 90% de la population ne sait pas qui c'est, Christian Paradis, et ils pensent qu'être le lieutenant conservateur du Québec, c'est d'être un gradé dans la police qui a un sideline comme guide au musée.
Alors, ce matin, je me suis dit: comment faire en sorte que les gens qui lisent la Diagonale s'intéressent à la politique autant que moi? Est-ce que le problème ne serait pas, plutôt qu'un manque d'intérêt envers la chose globale, un manque de connaissance des principaux acteurs et des principaux partis? Comment faire en sorte que les gens comprennent mieux?
Et là, boom! Idée de génie. Le hockey! Tout le monde connaît le hockey. Tout le monde adore le hockey. Je vais donc faire de brillantes analogies de hockey et vous présenter les joueurs principaux sous forme d'équipes de hockey. Voici donc les quatre équipes qui vont s'affronter durant quarante jours, les joueurs de premier plan ainsi que leur stratégie collective.
Allons-y!
Équipe Libérale
LW: Bob Rae A
RW: Denis Coderre A
C: JustinTrudeau
Jeune loup avec un père légende, genre Paul Statsny.
D: MichaelIgnatieff C
Ton général à la ligne bleue, il distribue les passes, mais ça te prend des défenseurs offensifs et une bonne ligne d'attaque parce qu'il ne la mettra jamais dedans.
D: Stéphane Dion
Les gens ont commencé à le huer quand il est devenu capitaine de l'équipe, alors il est retourné travailler dans l'ombre (et les gens ont continué à le huer).
G: KenDryden
lol, j'avais pas le choix de le mettre là, c'est KENFUCKINGDRYDEN.
Bob Rae et MichaelIgnatieff qui discutent sûrement de "dump and chase" Source: Flickr - http://www.flickr.com/people/terfe
Profil de joueur, Denis Coderre: Denis Coderre, c'est ce qui manque aux Canadiens de Montréal depuis dix ans. Un gros powerforward. Denis Coderre, c'est le genre de joueur qui monte la puck, la crisse dans le coin, ramasse le pauvre défenseur qui a essayé d'aller la chercher et ensuite il te la rentre dedans backhandavant de faire un belly drop à Guy Nantel. Il est ultra-populaire auprès d'une majorité (voir IlyaKovalchuk), mais le problème, c'est que les autres joueurs le trouvent un brin trop individualiste et ils sont écoeurés de le voir partout à la tivi.
Stratégie: Les libéraux fédéraux sont un peu comme les Canadiens de Montréal. Une équipe avec un passé grandiose, mais qui peine à passer la première ronde année après année depuis sept huit ans. (i.e: depuis les commandites) On commence à se demander s'ils ne vont jamais gagner la coupe à nouveau. Bien sûr, ils ont plusieurs gros canons, mais quand ton capitaine c'est le SeanAvery du boring, y'a pas grand-chose à faire.
Équipe Conservatrice
LW: PeterMcKay
Encore un peu en peine d'amour à cause de Belinda, mais c'est un régulier depuis longtemps et il a pas perdu sa touche, genre de Mark Recchi, a déjà été capitaine, mais maintenant cède sa place pour le bien de l'équipe.
RW: JamesMoore
C: Stephen Harper C, A, A, coach, assistant coach, préposé à l'équipement
D: BevOda
Depuis un an, elle se la joue RyanO'Byrne qui la crisse dans son propre filet. Mais à toutes les parties.
D: John Baird
G: JimFlaherty Note particulière: s'achète des patins neufs chaque année dans le coin de février/mars.
Tous les points sont bons. En autant que Harper ait scoré le point ou eu l'assist. Source: Wikicommons
Profil de joueur, Stephen Harper: Stephen Harper est ton all-aroundmangeux de puck. Toute la stratégie de l'équipe est basée autour de lui. Pas de Stephen Harper, pas d'équipe. Tous les joueurs doivent savoir que c'est à lui que tu passes la puck, c'est lui qui la met dans le but et c'est lui qui décide si tu la mets dans le but. C'est lui qui monte la puckau net, c'est lui qui célèbre quand tu fais un but et c'est lui qui va chercher le trophée du joueur du mois. Tout le temps. C'est certain que ça gosse à peu près tout le monde qui aime le sport, mais on ne peut pas dire que ça ne marche pas...
Stratégie: La stratégie de l'équipe conservatrice est simple, qu'on soit en mode séries (campagne électorale) ou en saison régulière: passe la puckà Harper. Dès que tu touches à la puck, t'es en danger. Donc, passe-la à Harper. C'est lui qui va scorer avec. La seule exception, c'est si Harper te passe la rondelle. Dans ce cas-là, tire au but tout de suite, ou repasse-lui immédiatement parce que les chances sont que c'était juste une erreur. Pis dans le vestiaire, farme ta yeule avec les journalistes. Tu dois les référer à Stephen. Fin de la discussion.
Équipe Néo-Démocrate
LW: Jack Layton C
Capitaine de l'équipe néo-démocrate, Jack Layton est, à l'image de Daniel Alfredsson, une superstar qui n'a jamais rien gagné et qui, si ça continue, ne gagnera jamais rien. Ça ne nous empêche pas de l'aimer.
RW: ThomasMulcair A
Depuis qu'il a été échangé au NPD, ThomasMulcair a accumulé les points comme jamais. Pourra-t-il mener son équipe à une meilleure place en série ou tout simplement répéter l'exploit?
C: OliviaChow
D: YvonGodin A
D: Pat Martin
G: Tony Martin Je ne connais pas vraiment ni Pat, ni Tony Martin, mais je les imagine un peu comme les frères Hanson dans Slapshot, sauf que c'est les frères Martin et qu'ils sont gardien et défenseur. (Ils n'ont pas de lien de parenté, en réalité.)
ThomasMulcair est content d'avoir remporté Outremont à sa saison recrue. Source: http://www.flickr.com/photos/sashamd -
Profil de joueur, OliviaChow: OliviaChow, c'est ton SteveBégin, ton DominicMoore, ton GlenMetropolit. C'est ton soldat qui travaille fort. Elle s'est présentée dans Trinity-Spadina deux fois, n'a pas abandonné et a fini par gagner la 3e fois, en 2006, quand les hippies de KensingtonMarket ont finalement décidé d'aller voter pour élire le NPD. À la manière d'HenrikSedin, elle trouve toujours son Daniel (Jack Layton), où qu'il soit sur la patinoire.
Stratégie: Le NPD, c'est tes Prédateurs de Nashville, tes Coyotes de Phoenix. Ils n'ont pas nécessairement de super étoile, mais depuis quelques années ils se positionnent bien en saison régulière grâce à un jeu serré et une bonne dynamique d'équipe. Mais, entre vous et moi, loin est le moment où on les verra avec la coupe aux lèvres et il faudra probablement que leur capitaine soit échangé si celui-ci veut soulever le trophée. (voir Raymond Bourque en 2000)
Équipe Bloquiste
LW: Pierre Paquette A
Un peu comme JaromirJagr, Pierre Paquette est autant connu pour sa fougue et sa passion pour sa cause (baaah, mettons le Jagr de '91) que pour ses cheveux bouclés.
RW: Bernard Bigras
C: Gilles Duceppe C
D: Maria Mourani A
D: Louis Plamondon
Louis Plamondon, c'est ton ChrisChelios. Doyen de la chambre des communes, joueur solide, frère de LucPlamondon. Oui oui, ça aussi, c'est un avantage, au hockey comme en politique, d'avoir un frère qui écrit des tounes.
G: LucMalo
Je n'ai pas de blagues à faire sur Gilles Duceppe, mais remarquez à quel point la femme derrière lui, avec les lunettes fumées, transperce notre âme de son regard o.o Source - Wikicommons
Profil de joueur, Gilles Duceppe: Gilles Duceppe, c'est un genre de MarioLemieux entre 2000 et 2006. Tu vas le voir jouer, tu te dis: "câline, il l'a encore le vieux", t'es impressionné par son leadership pis ses belles attaques. Mais un moment donné, tu t'arrêtes pis tu te dis, "Criss, y'avait pas dit qu'il prenait sa retraite/que le succès de son parti serait évalué d'une façon inversement proportionnelle à la durée de son passage à Ottawa, lui?"
Stratégie: Le Bloc Québécois a une superbe fiche à la maison de 34 victoires, 3 défaites et 4 défaites en prolongation. C'est une machine offensive, ils ont une ligne défensive à la KirkMuller/Guy Carbonneau des belles années et leur goaler c'est un mur de brique avec des couilles grosses comme Saturne. Le problème, c'est que le Bloc Québécois refuse de jouer sur la route, ce qui entraîne toute sorte de problèmes, comme l'impossibilité de GAGNER LA FUCKING COUPE.
Voilà, ça se résume à ceci! C'est sûr que j'aurais pu parler du parti vert, mais ça résumerait à Georges Laracques aux cinq positions qui mange du brocoli en pétant des faces.
Et, avant de lancer les hostilités, je vous laisse avec un petit vidéo où les chefs (bon, Stéphane Dion est plus là, mais whatever) qui se donnent du love:
PS:
Si ce n'est déjà fait et que vous voulez mieux comprendre votre propre position quant aux différents partis fédéraux, je vous invite à aller vous situer par rapport à la Boussole Électorale de Radio-Canada, c'est un exercice super intéressant et, ma foi, très bien fait!