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22 septembre 2011

Star Wars: La revanche du révisionnisme

Je suis un fan fini de Star Wars. J'ai grandi avec Luke Skywalker, Han Solo, Darth Vader et R2-D2. VHS, livres, figurines et jeux vidéos de Star Wars étaient de mon quotidien. Je me souviens très bien de mes sorties au cinéma lorsque, en 1997, les versions remastérisées des films originaux sont arrivées en salles. J'ai également fait la file pour les représentations de minuit des trois plus récents volets de la saga. Donc, selon la suite logique des choses, lorsque le coffret Blu-Ray regroupant les six films est arrivé en magasins il y a deux semaines, j'aurais dû me précipiter pour pouvoir posséder le Saint Graal des amateurs de Star Wars. Ce ne fut pas le cas. Je n'achèterai pas ce coffret pour une seule raison: Ce ne sont pas les films que j'ai regardés des dizaines de fois depuis mon plus jeune âge.

Mise en situation: Star Wars arrive en salles en 1977. Suivent ensuite The Empire Strikes Back (1980) et Return of the Jedi (1983). Inutile de vous décrire l'énorme succès que connaitra l'univers de George Lucas. Puis, 20 ans plus tard, celui-ci décide de retoucher les trois films pour les relancer en salles. Les versions remastérisées des films contiennent de nouvelles scènes et des effets spéciaux à la fine pointe de la technologie. George Lucas espère ainsi offrir aux cinéphiles la version définitive de sa saga, celle qu'il n'avait pas pu réaliser vingt ans plus tôt, à cause des restrictions budgétaires et technologiques de l'époque.

Toutefois, les changements apportés ne furent pas simplement esthétiques. Certaines scènes ont littéralement été modifiées, notamment celle-ci:



Dans l'extrait ci-dessus, tiré de la version originale du premier film, Han Solo est confronté par Greedo, un chasseur de primes. Plutôt que de se laisser tuer, Han abat rapidement son interlocuteur. Toutefois, depuis l'édition spéciale de 1997, Greedo décoche un tir qui manque miraculeusement Han Solo, avant que celui-ci ne décide de répliquer. En plus de rendre la scène bizarre, le changement modifie le personnage de Han Solo, qui passe d'un mercenaire sans merci à un homme qui ne fait que se défendre.

Autre changement, cette fois une nouveauté que l'on retrouve dans le coffret Blu-Ray. Dans une des dernières scènes de Return of the Jedi, Darth Vader s'empare de l'empereur Palpatine et le projette dans le vide pour sauver son fils. Mais dans la nouvelle version, Darth Vader en profite également pour crier "NOOOOOO!", faisant ainsi écho à l'une des scènes les plus ridicules de Revenge of the Sith.



Ces changements peuvent paraître mineurs, et pour la majorité des gens, ils sont probablement sans importance. Toutefois, ils dénotent une tendance qui semble de plus en plus à la mode ces jours-ci, soit le révisionnisme artistique. George Lucas a le droit de retoucher son œuvre autant qu'il le désire, et peu bien lancer mille et une éditions retouchées et modifiées si bon lui semble. Cependant, les versions originales des trois premiers films méritent d'être conservées et diffusées. Ils ont eu l'effet d'une bombe lorsqu'elles sont arrivées en salles, et font partie du patrimoine du cinéma. Un réalisateur américain de renom semble avoir la même opinion:

«Today, engineers with their computers can add color to black-and-white movies, change the soundtrack, speed up the pace, and add or subtract material to the philosophical tastes of the copyright holder. Tommorrow, more advanced technology will be able to replace actors with "fresher faces," or alter dialogue and change the movement of the actor's lips to match. [...] In the future it will become even easier for old negatives to become lost and be "replaced" by new altered negatives. This would be a great loss to our society. Our cultural history must not be allowed to be rewritten.»

Ces paroles ont été prononcées par nul autre que... George Lucas! En effet, il se portait à la défense du droit d'auteur et la propriété intellectuelle devant le Congrès américain en 1988.

Et le révisionnisme n'affecte pas seulement Star Wars! En début d'année, de nouvelles versions de The Adventures of Tom Sawyer et The Adventures of Huckleberry Finn ont vu le jour, deux classiques de l'auteur Mark Twain. Dans les nouvelles éditions, les mots "nigger" et "Indian" ont été remplacés par "slave" et "injun", des changements inacceptables, selon certains, puisque l'oeuvre de Mark Twain dénonçait justement le racisme. Dénaturer une œuvre de la sorte ne fait que l'appauvrir, peu importe la raison.

Seconde lecture: Le site DVDactive répertorie tous les changements apportés aux films de la saga Star Wars, de 1977 à aujourd'hui. Le blog Topless Robot répond également à toutes vos questions concernant le nouveau coffret Blu-Ray. Finalement, je vous laisse sur une note plus légère avec un vidéo qui intègre le fameux "NOOOO!" de Darth Vader dans d'autres classiques du cinéma. Que la Force soit avec vous.

13 septembre 2011

Ces hommes qui font frétiller nos ovaires

Commis par La Fille

L'autre jour, j'ai participé à un pool de hockey avec des potes. Jusque-là, tout allait bien. Par contre, dans la même journée, je me suis également retrouvée à planter un clou, sortir les ordures, boire du lait à même la pinte et - horreur - cracher impunément sur dans l'herbe d'un parc.

Je dérapais.

Je ne me sentais plus femme.

Il fallait remédier à la situation.

Alors, le soir venu, lorsque lesdits potes ont suggéré d'écouter un film, j'ai immédiatement sauté sur l'occasion. La journée redeviendrait teintée de féminité, grâce à moi. Je leur ai dit C'est bon, les mecs, je me charge du film et je suis mystérieusement - les femmes sont mystérieuses par défaut - partie au club vidéo.

Je suis revenue, avec en main ce qui allait me recentrer les chakras féminins: DIE HARD I.




Féminin, Die Hard, vous entends-je déjà murmurer??

Bien oui.

Des muscles, de la sueur, des jurons virils, Bruce Willis. Tout pour nous faire frémir jusqu'aux ovaires. Donc, féminin. Les comédies romantiques, c'est du passé. Il est temps de s'émoustiller au son des explosifs et des mitraillettes.

(Je ne vous dirai pas que, en fait, je suis une fanatique de films d'action, une véritable geekette de la testostérone qui éclate à l'écran, non, je ne vous le dirai pas. Je ne vous dirai pas que mes amis refusent de m'accompagner au cinéma parce que je leur fais inévitablement honte avec mes rugissements de bête. Non. Je ne vous le dirai pas. Lalalalala, je suis délicate et féminine. Voilà qui est mieux.)

Qui sont ces hommes qui font frétiller La Fille? Quels sont les meilleurs bad boys de Hollywood? Lesquels suintent le mieux, lesquels tirent la mitraillette d'une façon à la fois brutale et sensuelle? Qui sera mon chevalier à l'armure rutilante (c'est-à-dire au wife-beater déchiré et au front ensanglanté, une réplique cinglante au coin de ses lèvres charnues)? Explorons leur capital séduction!

Voici donc mon top 7. Le mien, et seulement le mien. Parce que quand on parle de frétillement d'ovaires, c'est essentiellement personnel, n'est-il pas?

NUMBA SEVEN: Chuck Norris

Il craque des cous. 'Nuff said.


NUMBA SIX: THE MUSCLES FROM BRUSSELS

Jean-Claude Van Damme est une combinaison gagnante. Il marie la brutalité américaine au style européen. Il marie les muscles (Double Impact et cie) et la finesse (JCVD). Je suis fan.



NUMBA FIVE: SYLVESTER STALLONE

Déjà, Sylvester a une voix de mâle. De vrai mâle alpha. Il aboie, la meute (de femmes des années '80) se rassemble à ses pieds.

Il est Rocky.
Il est Rambo.
Il est le master parmi les pros.

"I'm coming to get you".
Oh yes, Sylvester, come and get me. PLEASE.


NUMBA FOUR: INDIANA JONES

Le seul que je nomme par le personnage plutôt que par l'acteur. Il existe une raison bien simple à cette incartade: fantasme d'enfance.

Je l'avoue sans aucune honte. J'aimais tout chez lui: son lasso, son sourire en coin, sa moue dégoûtée, sa chemise beige, son sac en bandoulière, sa barbe de 5 jours. Et son chapeau. Oh, son chapeau. Du haut de mes huit ans, j'aimais Indiana d'amour. D'un amour grand. Total. Chaste. Et ce qui est magnifique, c'est que malgré le passage des années, rien n'a changé (bien que, pour être complètement honnête, je me dois de vous dire que la chasteté a pris le bord). Indiana est toujours dans mon top 10, à côté d'hommes virils plus jeunes, plus fringants. Un premier amour, ça ne s'écarte pas si vite.


NUMBA THREE: CLINT EASTWOOD

Clint, son cigare, ses yeux perçants. Clint laisse derrière lui la trace vive d'une grandiose carrière (mon dieu, quelle carrière!) et un homme de carrière, c'est sexy.

Il joue, dirige, et chante, même!

Il est tout-puissant. On a envie qu'il soit notre ami, notre amant, notre mari, notre mentor.

Et il est maintenant le plus sexy papi d'Hollywood.



NUMBA TWO: BRUCE WILLIS

Il a bien failli être mon numéro 1. Il a tout pour plaire: un chest musclé, des poils doucement frisés, des bras... oh des bras. Et ses yeux rieurs. Je fonds. À. Toutes. Les. Fois.

Et surtout, à chaque fois: IL SAUVE L'AMÉRIQUE.

Pour citer un collègue et ami: «John McClane est le plus grand héros de l'histoire. Ulysse est une mauviette en comparaison.»


NUMBA ONE: VIN DIESEL


Déjà, il a fucking "diesel" dans son nom. Si ça, ça ne pue pas déjà la testostérone, je ne sais pas ce qu'il te faut, fille. Et puis, il a un petit sourire crasse et tendre. Doublé d'un accent... wraaaa.

Et puis, il conduit des voitures vite. Très vite.

Et puis, il s'occupe de sa petite soeur avec amour. Et ça, c'est mignon de chez mignon. (Bon, ok, c'est plutôt son personnage qui le fait, mais qui en est encore à différencier la réalité de la fiction, ici??)

Et puis il a reçu tellement de coups sur la tête que, parfois, il a des petits tics au visage - ma foi - totalement craquant.


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PS: Mea culpa, je n'inclus aucun James Bond, j'en suis consciente. Mais que voulez-vous, ils sont trop propres pour moi. Même les plus sales. Tous des trop propres.

PPS: Si vous saviez le nombre de vidéos YouTube d'hommes musclés visionnées... c'est indécent. J'ai chaud. I'm outta here.

19 juillet 2011

True Grit: Les 5 raisons de le regarder.

Commis par Maax

1. Vivre dans un film.

Un pote à moi m'expliquait pourquoi Blade Runner est un de ces films favoris: "En gros, c'est que j'aimerais vivre dans Blade Runner, de voir cette espèce de ville futuriste du haut d'un taxi et d'aller manger du chinois dans la brume et le béton mouillé." C'est vrai, c'est une qualité qu'on oublie trop souvent: être transporté ailleurs, c'est une des fonctions de l'art. True Grit me fait cet effet, aussi. J'aimerais vivre dans ce film, parcourir le territoire indien à cheval et rencontrer ces personnages. Juste d'y penser, j'en souris d'un certain bonheur. Les costumes sont merveilleux, par ailleurs.


2. Hailee Steinfeld

Ce n'est pas tout les jours qu'on assiste à la création d'un tel personnage par une aussi jeune actrice. Steinfeld a 14 ans et elle vole la vedette à Jeff Bridges, Matt Damon, Josh Brolin et Barry Pepper. Dieu sait que Barry Pepper est un formidable acteur.

3. Les "dissolves".

J'aime pas les dissolves, les fondus. Non vraiment, c'est très rare qu'ils soient beaux et ils ne servent à rien. Le film en regorge et je n'ai pas compris pourquoi. Qu'importe, j'aime les dissolves maintenant. Le montage, fait par le fictif Roderick Jaynes (haha), est décidément arythmique*, étrange, risqué, mais c'est un montage qui fonctionne très très bien. Je dirais même qu'au niveau du montage, c'est le Coen le moins conservateur, le plus ample, le plus flexible.

Exemple: Le premier plan est un beau paysage, avec trois personnages qui le traverse. Classique. Dissolve vers un second plan, encore plus beau, voir magnifique avec les trois mêmes personnages. Aussitôt que le dissolve est terminé, le plan retombe encore en dissolve pour un troisième coup. Ça n'a aucun sens, mais ça marche.


4. Les frères Coen sont au son ce que Carravage est à la lumière.

Quand tu es capable de faire la différence entre les accents des trois personnages et pourquoi, ça nous ramène au point 1 de l'article. Le rythme sonore du dialogue est impeccable, mais le son aussi, ces tick-tack-tock de grosses séquences d'action. Chaque son est juste, chaque son est bien placé. C'est pas au niveau de No Country for Old Men (ou là vraiment, pour la première fois, je me suis dit que le son était le moteur du film), mais ça reste un tour de force.


5. Les serpents.

Meilleure scène de serpent depuis Indi...non depuis Hard Target.


* terme trouvé par l'intellectuel allant par le nom de Grand Dieu Raspou.

30 juin 2011

Mon explosion est plus grosse que la tienne

Au moment où vous lisez ces lignes, Transformers : Dark of the Moon de Michael Bay a envahi le cinéplex près de chez vous. Envahi, car les deux premiers volets de la série Transformers ont récolté plus de 1,5 milliard de dollars de par le monde, et tout indique que les foules seront au rendez-vous pour le troisième opus.




Michael Bay, 47 ans, n’a que neuf films sous sa ceinture. Cela ne l’empêche tout de même pas d’être la figure de proue du blockbuster américain. Le phénomène du blockbuster date de l'époque de Jaws (1975), alors que le film du jeune Steven Spielberg avait engrangé des recettes de plus de 100 millions de dollars. Un nouveau genre était né: celui du film d'été à gros budget, avec des vedettes, des sensations fortes et des explosions. C'est avec cette formule que Michael Bay règne sur le box-office depuis près de 15 ans, pour le meilleur et pour le pire.

L'insoutenable exubérance de Michael Bay

Michael Bay est probablement l’antithèse de Terrence Malick, dont Max vous parlait hier. Issu du monde du vidéoclip et de la publicité, il a commencé son métier de réalisateur en transformant Will Smith en super-vedette du cinéma avec Bad Boys et en contribuant à la relance de la carrière de Nicolas Cage avec The Rock. Puis, la pièce de résistance arriva en 1998: Armageddon établit définitivement Michael Bay comme un réalisateur de premier plan à Hollywood grâce à des recettes de plus de 200 millions de dollars au box-office américain.




C'est toutefois après la sortie d'Armageddon que les critiques commencent à fuser à l'endroit du réalisateur. Minceur des scénarios, histoires décousues, personnages unidimensionnels, apologie de la violence, trop d'explosions, tout y passe. Entertainement Weekly va jusqu'à poser la question: « Is Michael Bay the Devil? » Le magazine se questionne sur l'image d'Hollywood véhiculée par les films du réalisateur, soit celle d'une usine à effets spéciaux.

Explosions, testostérone, violence, explosions, jolies filles, patriotisme et explosions (bis); voici comment on pourrait résumer un film de Michael Bay. Mais celui-ci affirme n'avoir jamais prétendu faire de l'art et balaie les critiques du revers de la main. Il cherche à divertir, et si votre divertissement comprend une bonne dose d'explosions (ou de Baysplosions, dans ce cas), vous serez bien servi. Et tant et aussi longtemps que Michael Bay réalisera des films, les critiques continueront de le pourfendre. Et les foules continueront de vouloir encore davantage d'explosions. C'est quand l'explosion du voisin sera plus grosse que la sienne que l'étoile de Michael Bay perdra de son lustre, mais pas avant. Hollywood a besoin d'un pyromane.

Terminons sur cette publicité de Verizon mettant en vedette Michael Bay lui-même; publicité qui donne assez bien la mesure du personnage.




Seconde lecture: Le magazine GQ trace un portrait de la carrière de Michael Bay à travers les dires de dizaines de ses collaborateurs, parmi eux Will Smith, Ben Affleck et Steven Spielberg. Le réalisateur lui-même contribue au texte avec des citations juteuses telles que "I'm, like, a real American" et "I don't change my style for anybody. Pussies do that."

25 mai 2011

You’ll be a Mad Man, my Mad Son (Chapitre 2)

Commis par Maax


You’ll be a Mad Man, my Mad Son sera divisé en 4 chapitre et portera sur l’avenir de la série américaine : The Wire, Mad Men, Curb Your Enthusiasm et la Web Série/Youtube.


Pour le premier chapitre sur les séries américaine: The Wire

Avec un pote, on regardait la liste du fameux “ Stuff White People Like ” et la première chose que j'ai cherchée, c’est Mad Men. Vraiment, dans mon entourage, je ne connais personne qui n’aime pas Mad Men (et mon entourage est pas mal blanc). Une telle unanimité est compréhensible : Mad Men est une grande série, faite par des blancs et pour des blancs.



Si The Wire est une photo d’une Amérique actuelle et sans repères, Mad Men est un polaroid d’une Amérique qui commence à se comprendre, celle du début des années 60. Comme dans The Wire, ce qui m’impressionne dans les aventures de Mad Men, c’est le vaste choix de sujets : publicité, famille, misogynie, politique, ségrégation, corporatisme, alcool/drogues, homosexualité, psychologie, religion, et, chaque fois, c’est exploré avec finesse et justesse. Je le répète, il n’y a que le médium de la série qui peut construire une telle épopée. Mad Men tourne autour du personnage de Don Draper. Ce dernier est probablement le plus gros symbole américain qui nous ait été donné depuis plusieurs décennies, et l’ubiquité culturelle de la série ne fait qu’amplifier son importance. Don Draper est l’Amérique. Il incarne le rêve américain dans tout ce qu’il a de plus de complexe. La rupture morbide avec le passé que Draper opère représente le fantasme américain s’il en est un. Aux États-Unis, l’égalité des chances donne avantage à l’imagination et à l'esprit d'entreprise; au détriment, peut-être, de la famille et de l’éducation. Lane Pryce, l’expatrié britannique de la série, expliquera ainsi son amour de New-York: "Cela fait 10 mois que je vis ici et personne ne m’a demandé de quelle école je viens".



Don Draper n’est pas une exception : Peggy Olson, malgré qu'elle provienne d'une famille modeste - et qu'elle soit une femme -, finit par obtenir un poste important. Le rêve américain est violent, les trois personnage mentionnés sont obligés de rompre avec leur famille et leurs origines, pour accéder à un meilleur statut social. Les désarrois de la haute classe sont visibles chez les personnages, notamment chez Pete Campbell, une véritable boule de nerfs coincée dans la chemise de la haute noblesse New-Yorkaise. Vincent Kartheiser, qui joue le rôle de Campbell, offre à mon avis la meilleure perfomance d’acteur de la série. Kartheiser a compris que son personnage était un véritable miroir de Don Draper : Campbell est aussi un pur produit de l’Amérique et de la compétition malsaine, du libéralisme à l’outrance et des valeurs masculines, sauf qu’au lieu de passer de la campagne de l’Illinois vers un gratte ciel de New-York (comme Don Draper), Pete Campbell est incapable de rompre avec sa famille et son statut.




The Wire était l’autopsie des années Bush et, au risque de causer une controverse, je crois qu'Obama n’a pas réussi à créer la rupture à laquelle on s'attendait : Wall Street est toujours au pouvoir (voir mon article sur Inside Job) et le tissu social américain continue à s’aliéner dans un monde publicitaire et individualiste, et je ne doute pas que Mad Men sera éventuellement vu comme la série phare des années Obama.

16 mai 2011

You’ll be a Mad Man, my Mad Son (Chapitre I)

COMMIS PAR Maax






You’ll be a Mad Man, my Mad Son sera divisé en 4 chapitre et portera sur l’avenir de la série américaine : The Wire, Mad Men, Curb Your Enthusiasm et la Web Série/Youtube.


Aujourd’hui, les grands personnages de l’Amérique se retrouvent dans les séries télévisées. Je crois encore que le cinéma américain est d’une qualité phénoménale, que la scène indépendante est d’une vitalité impressionnante et que le cinéma de haut divertissement continue à nous sortir les 4 ou 5 films-spectacles de l’année. Mais la série américaine, qu’elle s’appelle Curb Your Enthusiasm, Weeds, Six Feet Under, The Wire ou Mad Men, représente un juste milieu entre le glamour et l’intelligence, entre le spectacle et l’humilité. Au Canada, pays aux moyens de distribution limités, rien de cela n’est surprenant, ce qu’on a pu faire en film à été réalisé par la CBC et SRC, aux États-Unis, c’est un vent de fraîcheur. Non parce qu’après M.A.S.H, qu’est ce qu’il y a ? Dallas ? Trop feu de l’amour. Friends et Seinfeld ? Trop sitcom (et nul, dans le cas de Friends, revenez-en). C’est bien le DVD et les chaines de Cable qui ont renouvelé un tel medium et qui aujourd’hui, écrit l’Amérique.




Parce que l’Amérique s’écrit quand on regarde The Wire. S’il y a une description exacte des années Bush, c’est bien celle-ci. Entre la violence des drogues, le combat difficile des policiers, la mort du travailleur et de l’école, on en vient à croire que le grand corps américain commence un cancer de la peau. Un film n’aurait jamais eu le temps de développer un tel corpus, Ken Loach et ses 264 films (pour être exact) vous en dira tant. Malgré la déprime que peut provoquer The Wire, on y revient de manière constante, on cherche des solutions, on réfléchit et l’horreur reste, comme chez ceux qui s’amusent à élucider les crimes répertoriés dans le journal. The Wire est l'autopsie d’une société dont les libertés sont aussi un énorme problème. Le libéralisme à outrance aura assassiné Baltimore, lentement et sûrement. Si on sait aujourd’hui que Pittsburgh à été sauvée des eaux, on ne peut en dire autant de Détroit, de la Louisiane.




J’ai souvent regretté la mort du film choral. Les deux Anderson (Wes et P.T) sont les seuls véritables réalisateurs qui œuvrent (parfois) dans ce registre. David Simon, le cerveau derrière The Wire, ne s’occupe rarement que d’un seul personnage, même si certains sont plus populaires que d’autres (McNulty, Omar Little par exemple). Véritable fresque, The Wire à été transformée en culte massif qui s’étend bien au delà des classes sociales et des races. L’humour de The Wire, grande oubliée derrière les fusils et la drogue, est l’arme secrète de David Simon, qui lui permet de lier les différents milieux au delà des intrigues. Quelques années après la fin de la série, Lehman Brothers fait faillite, et vous connaissez la suite... comme si The Wire, malgré toute ses qualités, n’a pas encore été compris.

20 avril 2011

Le futur de la race humaine

commis par Guillaume

Vous ne l'avez peut-être pas remarqué, mais, mardi dernier, l'humanité a perdu la guerre contre les robots avant même qu'elle n'ait commencé. Le 19 avril, à 20h11, le réseau Skynet a vu le jour. Pour ceux qui ne sont pas férus de science-fiction, c'est ce réseau qui mènera à la grande guerre entre l'homme et la machine (voir Terminator).

Hollywood aime bien nous servir des scénarios futuristes, qu'ils soient utopiques, dystopiques ou même apocalyptiques. Tentons de déchiffrer l'avenir prochain de la race humaine grâce à nos blockbusters favoris.

Le Grand cataclysme

En 2012, les changements climatiques bouleversent complètement la planète. Une des premières victimes de ces chamboulements est le Titanic II, qui s'échoue sur un iceberg le 15 avril 2012. Puis, le 21 décembre, une majeure partie de la planète est détruite lors de l'évènement qui sera connu sous le nom du Grand cataclysme. Étonnamment, John Cusack y survit.



L'humanité réussit à survivre à cette catastrophe et, miraculeusement, continue de prospérer.

L'ère de la robotique

Après avoir reconstruit la majorité des grandes villes américaines en deux petites années après le Grand cataclysme, la race humaine se lance dans la conception de robots. Quelques dates marquantes de cette nouvelle époque:

2015 Le premier cyborg est créé à Detroit. L'agent Alexander James Murphy, mort en service, est ressuscité grâce à des implants cybernétiques. Rebaptisé Robocop, il tue vraiment beaucoup de criminels.

Sur une note plus joyeuse, on voit aussi l'apparition du hoverboard en 2015. Un classique.



2019 La prolifération des robots devient problématique, et certains d'entre eux tentent même de se faire passer pour des humains. Heureusement, ils sont rapidement exterminés par Han Solo Indiana Jones Rick Deckard.

2020 L'homme entreprend sa première mission vers Mars et y découvre des signes d'une vie extraterrestre.

2022 La population humaine ne cesse de croître, ce qui nous oblige à trouver des manières plus radicales de se nourrir:

Source: Martin Whitmore, Flickr


2035 Écœurés des conditions de vie auxquelles ils sont soumis, les robots mènent une insurrection contre la race humaine. Cette révolution sera toutefois matée rapidement par les efforts de Will Smith et de ses souliers Converse All-Star.

La Renaissance spatiale

Au début du 22e siècle, nous devons finalement nous résoudre à quitter la planète Terre pour des cieux plus cléments. En guise de punition pour l'insurrection de 2035, nous y laissons tout de même des robots en charge du nettoyage.

Source: Simon Owen Design, Flickr


Lors de ces voyages interplanétaires, l'humanité rencontrera des extraterrestres paisibles, et d'autres plus dangereux. Pendant ce temps, le singe hérite de la Terre.


La race humaine a donc un glorieux avenir devant elle, si l'on se fie à James Cameron, Charlton Heston et Hollywood. Évidemment, tout cela ne se produira jamais. Dans quelques jours, voir quelques heures, Skynet et les Terminators extermineront toute forme de vie. Si nous sommes chanceux, ils auront peut-être besoin de batteries...

18 avril 2011

Les films étudiants


Les films étudiants



C’est la fin de l’année, les étudiants en cinéma montrent les films produits au cours de la session. Souvent, il s’agit d’une année de travail pour un résultat de 5, 10 et parfois 15 minutes. Cela peut paraître absurde, mais lorsqu’on voit nos films sur un grand écran, nous ressentons un soulagement monstre et un sentiment de réussite inégalable.
Après avoir vu plus de 65 films étudiants de première année d’université, j’ai décidé qu'il était temps de dresser une liste des éléments narratifs revenant souvent. Loin de moi l'idée de détruire les ambitions des futurs étudiants en cinéma. J’aimerais plutôt qu’ils évitent certaines voies qui, année après année, reviennent inlassablement. Voyons cela comme une forme de psychanalyse (si on veut).


Guide Ne pas faire du cinéma étudiant.
Les thèmes qui reviennent trop souvent:
  • La religion chrétienne. Qu’est ce qu’elle en prend la gueule, cette religion. Je veux bien qu’on ne l’aime pas, mais sur 65 films, il y en a 10 qui évoquent de manière massive Jésus et les abus chrétiens. Ça devient lourd. Alors, réglons la chose une fois pour toute: les jeunes n’aiment pas la religion. Oh ça non.
  • Les vieux. L’infantilisation des vieux, je n’en peux plus. Vraiment plus du tout. N’importe quel élève qui désir parler des vieux devrait automatiquement regarder Cloud 9, la Vie Moderne et du Ozu. En très gros, je note une incompréhension généralisée de la vieillesse par la jeunesse d’aujourd’hui.
  • La routine de tous les jours. L’idée d’exprimer l’ennui, avec l’ennui. Nada. Remarquez... Des professionnels avec 20 ans d’expérience le font bien, eux...
  • La violence exacerbée (et souvent sexuelle) sur des jeunes femmes en fin d’adolescence. L’idée d’exprimer le choc, avec le choc. Nada bis. Un manque de réalisme fait tomber le tout dans des clichés et des exagérations immenses.
  • La danse. Beaucoup de films sur la danse. Beaucoup. Je comprends l’attrait, c’est agréable à filmer, intéressant à monter, chouette à montrer. Cependant, à force d'en voir et revoir et revoir encore, les derniers films de danse de la programmation nous paraissent ringards (alors qu’ils ne le sont pas forcément!)
  • Les couples. Le gros sujet de la vingtaine. Je vais résumer le tout avec une question: peux-tu résumer une histoire de couple en 5 minutes? Si oui, ton couple n’est pas intéressant. Si non? Ne le restreint pas à 5 minutes. Certains réussissent très bien, mais beaucoup, beaucoup tombent à l’eau. Je comprends l'urgence d’en parler, mais c’est différent de vouloir en faire un film.
(L’idée est que, si le film est bien fait, cela ne pose aucun problème.)
Les plans et les objets qui reviennent souvent:
Les lavabos, les douches, les croix, les figures masculines fortes et pénibles, les miroirs, les plans larges de la nature enneigée, les voix off de nouvelles, les télévisions, de la musique non-originale d’un groupe de post-rock montréalais (for fuck’s sakes), des chiens, et beaucoup, beaucoup de mains.
Pratiquement chaque film avait son plan de mains. (Mon film aussi avait des plans de mains.)
Conclusion:
Mes études me mènent à la seule conclusion possible: l’étudiant occidental possédant le luxe incroyable d’apprendre les beaux-arts est en pleine dépression et déteste le monde autour de lui.
Pour les 4-5 autres qui ont fait des films drôles ou légers, merci.
Dernier commentaire:
Malgré tout, certains des films ayant fait exactement le contraire des conseils que je viens d'exprimer étaient très bons, très réussis. Comme quoi, une idée possède mille potentiels. D’autres n’auront repris aucun des thèmes et aucun des éléments mentionnés et auront été des flops monumentaux. Cependant, je rigole avec un fond de désarroi: en première année, l'université (Concordia) demande qu'on pense, réalise et monte nos films en 16 mm, et de ne toucher au qu'aux procédés numériques qu'à l'arrivée du son. Certaines personnes n'ont pris le temps de faire de films avec les moyens proposés et ayant opté pour les solutions numériques facile, en cachette. C'est un peu la mort de la pellicule, annoncée par des étudiants sans courage. Pour tout le reste, bravo!


11 avril 2011

Merci, Goldman.

Pour la majorité des étudiants, la session se termine. Soit on gradue, soit on se retrouve avec quelques mois de vacances, soit on se prépare au deuxième cycle. D’une manière ou d’une autre, l’idée qu'il va falloir se trouver un boulot nous trotte en tête. Qu’il soit à temps plein, à temps partiel, court ou long terme, qu’il soit intéressant ou bête, bien payé ou non, on va devoir s’y mettre. Ça va être dur. Je doute que les gens de ma génération réalisent l’ampleur de notre tâche: nous sommes les premiers à faire pleinement face à cette nouvelle mondialisation du marché, alors que la génération X se la ferme: C’était quoi, la Chine en 1983 ? Qu’est-ce qu’on en pensait du Brésil des années 90 ? Le monde est aplati ? Tant mieux, le monde change, les pakistanais ont droit à leurs jobs, autant que moi.
Je me sens un peu bête d’avoir choisi cinéma. Non c’est vrai, je suis passionné du 7ième art depuis l’enfance, j’ai écrit beaucoup de scénario et j’ai adoré mon expérience à l’université. Mais merde, j’aurais dû aller en finances, partir avec des bonus énormes, et ensuite étudier le cinéma. Ce que j’aurais fait? Travaillé pour une de ces super banques, une de celles qui fonctionne comme les cartels mexicains, question de prendre de l’argent des citoyens et le réinvestir dans des subprimes ultra-risquées. Quoique bon, travailler pour une boite de consultation, celle qui donne des notes de AAA à des investissements ultra-risqués, ça n’aurait été pas mal non plus. Non, mieux encore, j’aurais assuré tout le processus, et pris le temps d’en assurer aussi la perte, en mêlant tout les crédits de tout le monde et créant des complexités financières inutiles. M’enfin, qu’importe parce qu’à la fin du bordel, il y aurait eu le gouvernement qui m'aurait racheté avec l’argent des citoyens (que j’ai perdu)… ils sont con, quand même.

Et alors, ouais, ensuite le cinéma.
Et partir en Patagonie.


En attendant, La Tache vous l’a expliqué, c’est le temps des élections canadiennes. Montréal est devenue un gigantesque musée de putain de pancartes de portraits pénibles, la majorité de ceux-ci seront des perdants. Cela me semble bien inutile. Projet pour le futur: créer des milliers de pancartes de gens anonymes, pour aucun parti politique et aussi les afficher dans les rues. Jack Layton passera moins pour un clown, Stephen Harper sera moins sévère et mon dieu qu’Ignatieff a un visage étrange.
Mx

P.S.: Parlant politique, ce mercredi, c'est le débat des chefs. Je bloguerai en direct dès 20h00 sur la Diagonale, en compagnie de la Tache et de Guillaume. Z'allez voir, ça va torcher.

30 mars 2011

Une soirée douteuse

Je me rends rarement à l’est de Papineau, parce que c’est trop loin et que c’est laid. Mais, ce lundi, j’ai piétiné ma paresse jusqu’au Broue pub Brouhaha, au coin De Lorimier et Rosemont.

À mon entrée, je fus accueilli par des cris hargneux : «EXPLOOOOOOSE ! EXPLOOOOOOSE!», demande à laquelle j’aurais volontiers répondu, mais je ne savais pas comment exploser. Heureusement, la foule ne s’adressait pas à moi, mais à un hélicoptère en proie à d’évidentes difficultés. Après quelques vrilles dans un motton de fumée, l’engin finit effectivement par exploser, ce qui souleva de bonheur les cinéphiles imbibés de bière.

Mon «Chérie partons d’ici» éploré ne reçut que peu de considération de Zanne, qui connaît mieux que moi les mœurs post-Papineau. Nous avons traversé la pièce, en évitant autant que possible de nous interposer entre le public et l’écran, non pas par courtoisie mais à cause des projectiles lancés à toute vitesse. Quelques bleus plus tard, nous retrouvions la mafieuse bande des Langues sales, tapie dans un coin sombre.

Sof la Tof claqua des doigts, et on me servit aussitôt une I.P.A extra-forte qui dissipa vite mes appréhensions. Je me trouvai alors tout disposé à savourer le travail du VJ, passé maître dans l’art de faire swinger la nullité.




Mais quesséksé que cette histoire du douteux.org ? Le meilleur moyen d’en avoir toute la mesure, c’est de se pointer au Brouhaha le lundi soir ! La formule est assez constante : un film, considéré particulièrement mauvais par les organisateurs, est présenté au public assoiffé d’erreurs de raccord et de clichés ronflants. Ce main feature est précédé de clips vidéos plus courts, véritables perles d’absurdité.

Des projectiles, formés de bouchons de vin, sont servis dans des seaux. Chacun peut donc balancer son dégoût à bout de bras, soit sur l’écran, soit sur une cible «bande son» prévue tout spécialement pour les mélomanes outrés.

Mais le douteux, c’est bien plus qu’une soirée au Brouhaha : c’est une groupe, c’est une émission de radio, c’est une philosophie.
OBJECTIFS DE L'ORGANISME
- Développer le réflexe du questionnement par rapport à la culture de masse et éliminer l'acceptation automatique des idées reçues.
- Illustrer l'immense variété et l'incroyable omniprésence d'éléments douteux dans les médias, même les plus récents, même ceux à très haut budget.
- Développer chez l'auditoire le réflexe de questionnement par rapport à ce qui est présenté; susciter les conversations et les débats entre les auditeurs.
- Offrir des expériences de visionnement enrichissantes en présentant ce que les médias de masse ont de pire à offrir.
Spectateur en proie au doutisme
Sans aucun doute, le «réflexe de questionnement» est activé par les films du douteux. On pourrait même parler du «réflexe de doutisme», qui serait un cas particulier de doute esthétique systématique. Mais ce qui frappe le plus, c’est l’humanité des vidéos douteuses. De rature en rature, les films sont tous plus imprévisibles les uns que les autres. Plutôt que de se complaire dans la mécanique du cliché, les vidéos poches défient toute convention. Loin du fini glacé d’Hollywood, les soirées du douteux sont un haut lieu de délire carnavalesque.

Surveillez leur site web pour les événements spéciaux !



Pour finir cette chronique, voici une vidéo extrêmement douteuse, justement dégotée sur leur site.


07 février 2011

Lucrecia Martel



Les Grands auteurs du cinéma (#2)

Lucrecia Martel.

Le nombre de réalisatrices qui connaissent un succès international est rare. Il faut savoir les savourer, en profiter. Lucrecia Martel est l’une d’entre-elles. Argentine et membre actif de sa «nouvelle-vague», Martel a prouvé, malgré sa courte filmographie, que son cinéma dépasse les étiquettes, et le fait en exprimant l’humain dans sa grande beauté et confusion. Comme on l’aime.

La femme sans tête. (trailer)

La femme sans tête est un des exercices de montage le plus créatif des 20 dernières années. Si vous voulez devenir monteur ou si vous vous intéressez aux questions de montage, La femme sans tête est exemplaire… Et ses personnages, bourgeois d’une économie bi-polaire qui ne cessent d’enterrer les réalités sociales faute de savoir mieux faire, fascinent. Veronica, par exemple, est victime d’un accident de voiture qui lui efface la mémoire. Martel ne nous permet jamais d'être certains de quoi que ce soit: ni de la nature de l’accident ni de la nature des relations entre les personnages. Qu’est-ce qui est souvenir, qu'est-ce qui est invention, qu’est-ce qui est réel? La caméra est serrée, obstruée, focusée sur des détails et la narration d’ensemble n’est que la récollection superficielle de ce que nous croyons voir. Le seul point d'ancrage est l’expression perdue et douce de Veronica.


La Niña santa. (trailer)

L’esthétique de La Niña santa n’est pas aussi élaborée que celle de La femme sans tête. Par contre, le récit est plus développée et Lucrecia Martel se permet de mélanger l’érotique et le religieux, le familial et l'individuel. Les thèmes sont à la fois très contextuels (campagne de l'Argentine, ses classes sociales, la place du religieux au pays) et très universels (la puberté des jeunes filles, l'adultère, la jalousie). Il y a quelque chose de classique dans le traitement du son et de l'image de La Niña santa, dans cette façon d'utiliser le brun et le bleu, de repenser les matières (les vêtements, l'eau) et d'en dire plus avec les regards qu'avec le montage ou le dialogue.

Ainsi, même si Martel n'en est qu'à son second film, elle atteint déjà le niveau de profondeur et de maîtrise qu'on attend d'un grand réalisateur.